Match-mania en Afrique du Sud

VANESSA SMEETS

Le stade s’allume. La foule se tait. Silence avant le match. Respiration, transpiration, anticipation…

Les joueurs sortent un par un. Les spectateurs crient – “Booth! Mphela! Pienaar! Gaxa!” Le grand Matthew Booth a un sourire contagieux. Il est revenu en Afrique du Sud spécialement d’Europe pour représenter son pays.

Les petits enfants de la première rangée regardent son corps de deux mètres avec des grands yeux émerveillés, en agitant des bannières bariolées. Les pères ont des larmes aux yeux, les mères sont joyeuses: elles chantent, elles dansent… Muscles bien définis, moulés dans leurs maillots vert et jaune, les héros sont prêts. L‘hymne national Nkosi Sikeleli Afrika retentit dans le stade. Il veut dire « Dieu bénit l’Afrique du Sud». Toute la foule chante en chœur avec eux. Les spectateurs devant leurs télévisions, eux aussi.

A Hatfield, Prétoria, 6 000 personnes sont réunies pour regarder leur premier match. C’est 2 000 personnes de plus qu’au réveillon. Pour R20, on se peint la figure. La plupart chantent des chansons de victoire.

Quand on sort de l’aéroport, on est entouré par des drapeaux sud-africains sur l’autoroute et sur les taxis. C’est un spectacle pour chaque touriste. Un pays connu pour son passé d’indifférence, de ségrégation et de haine est maintenant réuni par un sport aimé par tous. On oublie les signes sur les bancs du passé qui lisaient « Whites only » et « Non-whites only. »

C’est un pays béni par la diversité de son peuple, uni par l’amour du sport et rétabli par des hommes et femmes incroyables: Nelson Mandela, FW de Klerk, Steve Biko, Beyers Naudé, Desmond Tutu et Helen Suzman, et tous les autres.

peuple

NOUS TOUS: L'Afrique du Sud est un pays béni par la diversité de son peuple. PHOTO: Vanessa Smeets

16 ans après la déclaration de la démocratie en Afrique du Sud, 2010 sera une année inoubliable, anticipée et espérée par sa population de 52-millions. Même au SABC, l ‘annonceur national à Johannesburg, est entouré de ballons géants. Il y a aussi une montgolfière en forme de ballon de foot qui flotte autour de Soweto.

Quelques semaines avant la Coupe, j’ai essayé de parler à des personnes à Cape Town de leurs espoirs pour cet évènement. Long Street, la rue la plus connue à Cape Town, s’attend à la foule. Je trouve Ahmed et Omar, amis depuis 20 ans, à leur mosquée au Bokaap, près de Cape Town.

« Je m’attend à un spectacle incroyable ! » dit Ahmed avec un grand sourire. « On regardera chaque match à la maison en famille. » continue Omar, avec une petite moustache. Un jeune couple marié un peu plus loin me dit : « Pour nous, la Coupe du Monde c’est notre voyage de noce. On sera en esprit de fête tout le temps !»

Au V & A Waterfront, à Cape Town, il n y a pas encore de signes que la coupe est arrivée. C’est très calme, mais un groupe de danseurs s’entraine déjà. Néanmoins, quelques mois avant cet évènement, les étudiants de l’Université de Stellenbosch plongent déjà dans la Foot-Mania. Le 3 mars, 500 étudiants se sont réunis pour le plus grand match de football, 250 joueurs par équipe. Chaque joueur reçoit un vuvuzela comme souvenir.

vuvuzela

VUVU VOUS: Emotions avant le premier match, Mexique contre Afrique du Sud. PHOTO: Vanessa Smeets

Le “vuvuzela” est devenu un symbole national : une sorte de trompette qui fait beaucoup de bruit ennuyeux et incessant. Parfois, les commentateurs des matches doivent s’arrêter de parler, leurs voix inaudibles dans le vacarme, suffoquées par le bruit. Mais presque tout le monde en possède un. On a même commencé à fabriquer des bouchons pour les oreilles en forme de vuvuzela! Une pièce de théâtre à l’université explique l’origine de cette trompette et pourquoi elle reste si célèbre. Ce n’est pas uniquement un instrument pour faire du bruit, c’était un moyen de communication entre les tribus et était à l’origine une corne de Kudu (antilope d’Afrique).

Le même jour, une centaine d’étudiants protestent à l’université contre la transmission du sida. Beaucoup d’entre eux pensent que la coupe du monde va promouvoir des rencontres sexuelles non protégées et opportunistes. Un individu sur quatre l’a déjà contracté.

Pendant le week-end de Woordfees, un festival culturel, parents et enfants se sont réunis à la fête de Mardi-Gras. Le thème? La Coupe du Monde. Les hordes de chanteurs, danseurs et clowns sont habillés en vert, jaune et doré. Mains couvertes de crème glacée, les petits dansent et chantent.

trompette

MOI, PAPA: Un petit garçon de trois ans montre son talent à son papa. PHOTO: Vanessa Smeets

Un petit garçon de trois ans court vers la trompette, et met sa petite bouche autour de l’embouchure. « Montre-moi! Montre-moi! » crie-t-il à son papa. La trompette fait un bruit étourdissant et l’enfant sursaute de peur. Son papa rigole – « Regarde-moi… » « Lui, c’est mon papa, il est super doué! » le petit Rico dit à la petite fille qui marche devant eux.

Pendant la journée, à Stellenbosch, les couples se promènent dans les rues ornées de ballons géants. Le petit café, le Plataan, est décoré lui aussi par des ballons : jaunes, roses et oranges. Chaque jour, une personnalité de la radio vient parler de la coupe – est-ce que l’Afrique du Sud est prête? Est-ce que le foot est autant célébré que le rugby? La nuit, les couples se retrouvent dans des cafés dédiés au foot – des posters, des T-shirts, des chansons, des photos des joueurs et les journaux annoncent “100 jours…95 jours…70 jours…Demain! Aujourd’hui!” Même au cinéma, il y a des ballons au plafond. Dans les shopping centres, on est entouré par des gros ballons qui flottent dans l’eau. Les enfants sont fascinés !

Chaque Vendredi devient « Football Friday ». On vend des T-shirts de chaque équipe entre R150 et R400. Pour Jean et Jacques du Cameroun ils ne vendent pas assez. « C’est encore très calme. » explique Jacques, « Je m’attendais à plus de touristes. »

Le marché à Bird Street est encore vide. « Les touristes sont en retard ! » explique Richard, un taximan. Endormi un peu plus loin, un mendiant apparaît très serein sous des drapeaux peints sur les murs.

« Je m’attend à une grand fête ! » dit François, un autre taximan. Son petit garçon le serre très fort. « C’est dommage que je n’ai pas l’argent pour amener mon fils à sa première coupe du monde. C’est beaucoup trop cher ! »

FOOT FETISH: Les boutiques en Afrique du Sud étaient encore pleines quelques semaines avant la coupe. PHOTO: Vanessa Smeets

Pour Kensington et David, des vendeurs au marché Africain, ils n’ont pas les moyens d’aller à un match. « Je doit rester ici, dans mon magasin. On attend beaucoup de touristes, même des centaines. » dit David, entouré de belles peintures faites par lui et sa femme.

Nico Koopman, 60 ans, est très heureux que la coupe soit enfin arrivée. « Je regarde le foot depuis l’âge de 5 ans. Enfin en Afrique ! C’est un rêve réalisé » La nuit, l’esprit Africain se réveille. Le Drum Café de Cape Town est en tournée à Stellenbosch. C’est un grand succès chez les étudiants. « Montrez-nous vos talents ! » crie la troupe de Zimbabwéens et Congolais. « Montrez aux touristes comme c’est un don et une fierté d’être Africain ! » Après, les étudiants rentrent joyeux chez eux ou vont aux brasseries où ils jouent du football de table.

A Johannesburg, les touristes apparaissent un peu plus nombreux. Ils sont gâtés avec des shows incroyable comme « Umoja : Spirit of Togetherness. » qui explique les danses, les cultures et l’histoire de l’Afrique du Sud.

A Melrose Arch, à Johannesburg, les touristes sont joyeux pendant le match d’Allemagne et Uruguay. Les équipes jouent pour la troisième place. La foule continue à grandir. Il y a plus de 10 000 personnes.

Pour Kensington, David, Jean et Jacques leur souhait est réalisé : les touristes sont venus de partout au monde. Les Néerlandais dansent avec les Sud-Africains. Ils montrent aux autres comment jouer au vuvuzela. Ce n’est pas facile !

Il y a des fans italiens, allemands, brésiliens, français tous unis. C’est magnifique ! Ils sont aussi fascinés par Zakumi : le mascotte de cette coupe. C’est est un léopard avec des cheveux verts et peau jaune (les couleurs de Bafana Bafana). Pour quelques touristes à Melrose Arch, Johannesburg, ils s’amusent à l’arranger autrement. Tout d’un coup, Zakumi fait pipi. Tout le monde rigole. Il est entouré par plusieurs touristes.

Il y a des fans allemands contents avec la troisième place de leur équipe. Les fans néerlandais font une ribambelle, en préparation pour le match le lendemain. Ils sont fascinés avec un Sud-Africain en costume bleu plein de drapeaux différents. « C’est ma femme qui l’a préparé » qu’il m’explique.

Et oui, les fans du football et de Bafana Bafana sont réunis ! Vive la Coupe 2010 ! Ou, comme on dit en Afrique du Sud : “Viva le match-mania! VIVA!”

E Tsamayile: World Cup Aftermath

VANESSA SMEETS

soccer

MATCH MANIA: Over 6000 appeared in Hatfield, Pretoria, for the opening match: South Africa vs Mexico on June 11, 2010. PHOTO: Vanessa Smeets

Ke nako – it is time! It is here! Or, so it was. I remember starting varsity in 2004 when we first got the go-ahead to host the Soccer World Cup.

Ex-president Nelson Mandela’s smiling face was plastered all over our newspapers. We had done it. We were to make Africa proud.

Here I am overwhelmed by the aftermath. The first World Cup on African soil is over.

My phone doesn’t ring anymore with thick accents on the other side. My Argentinian and German friends have all gone home. What a fiesta we did have! I even miss the sound of vuvuzelas waking me up in the morning or my fish lips after blowing mine.

Even my granny (88) was caught in the soccer hype, humming Shakira’s soccer anthem “Waka waka”. Suffering from Alzheimer’s Disease, it would probably be her last World Cup. My deceased grandfather’s wish had come true: “One day, my darling, South Africa will host the World Cup. People will sing and dance as one. Mark my words.” His words haunted me till the opening ceremony. Everything fell into place. The foreign media rated us 9/10. Only the Uruguayan team complained about our beautiful country, diverse people and interesting culture.

Zakumi

FUN MASCOT: Tourists had fun with mascot Zakumi in Melrose Arch, Johannesburg. PHOTO: Vanessa Smeets

Back in Pretoria, my brother, friends and I were ready to party with the French, Italians and Brazilians. They all exited the World Cup quite quickly. 2010 was to be the year of the underdogs. Unfortunately, “our boys” Bafana Bafana didn’t get passed the first round.

But Bafana Bafana did make us proud.

For Malte H, a German tourist I befriended, they were perfect ambassadors of our rainbow nation:

“They showed the world what they were capable of: a united identity, capable of stirring so many emotions. They were not just players; they became ambassadors of a wonderful host nation. One capable of miracles.”

My passion for Deutschland (Germany) became an obsession. My mom knitted black, red and yellow legwarmers, beanies and scarves. Seemingly, it paid off. Once again, they secured third place. The “virgin final” (neither team had won the trophy before) between Netherlands and Spain was long and dirty, with a record breaking number of yellow cards.

Holland fans

HUP HUP HOLLAND: Of all fans, the Dutch ésprit was the most unforgettable. PHOTO: Vanessa Smeets

Like a Mexican wave, the Post-Traumatic Soccer Disorder spread to most of us. Jeremy Nell, a South African cartoonist, commented on his blog: “Sadly, everyone has gone home. The Spaniards back to Spain. The Dutch back to Netherlands and the Nigerians back to Hillbrow.” His words may have overshadowed the xenophobic attacks that, unfortunately, were to follow.

Madam & Eve’s cartoon on our beloved soccer mascot Zakumi (a yellow leopard with green hair; the colours of our national team) was sadly funny. Zakumi ‘after 2010’ holds up a placard: “No work. No job. No food.” This was the cause for our present state of limbo: what about our enormous stadiums? What about all those jobs? What about our spirit of Ubuntu: does it just disappear?

Now, I tell my Zakumi doll peacefully asleep on my bed: “E Tsamayile!” It is gone! But, the memory lives on. As do the photos, t-shirts and vuvuzelas resounding all over the world! Viva Afrika! Viva!